ARISTOTE : LA PENSÉE DIVINE
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ARISTOTE : LA PENSÉE DIVINE


—Le Texte—

Aristote/ La pensée divine

 

 

Le premier moteur est identifié à la pensée. Mais quel est alors l’objet de la pensée divine ? L’intelligence contenant un objet quelconque, elle est en quelque sorte passive. La pensée divine, devant être activité pure, moteur immobile, envelopperait ainsi un degré de passivité. De là cette confusion à laquelle semble s’arrêter Aristote : noesis noesos («L’intelligence  suprême  se  pense  donc  elle-même  puisqu’elle  est  ce  qu’il  y a de plus excellent et sa Pensée est pensée de pensée.»). Dieu applique son activité à lui-même. Le Dieu d’Aristote ignore le monde. L’idée de providence est ici absente. Mais Dieu agit sur le monde : il est ainsi la perfection infinie et la réalité est constituée par un passage incessant de la puissance à l’acte. Dieu, selon Aristote, meut le monde comme l’objet du désir meut celui qui désire. La perfection divine agit donc sur l’univers comme l’idéal suprême auquel aspire toutes les puissances de l’être. Ainsi sans l’intervention de la providence, tous les progrès qui se manifestent dans le monde dépendent de Dieu.

 

Dieu est le but de l’aspiration du monde. Chacun de nous va du concret à l’abstrait:  peu à peu les éléments matériels importants au début s’effacent. Les notions d’espace particulier, de temps déterminé, s’évanouissent. Au degré le plus élevé de l’abstrait, il n’y a plus que des idées semblant n’avoir plus aucun élément sensible. Notre activité personnelle semble alors transportée dans un monde supérieur où la réalité elle-même ne nous apparait pas constituée par l’espace et le temps. Mais Aristote voyant se produire une forme d’activité (qui est l’activité psychologique) pour laquelle l’espace et le temps (réels au même titre que le monde pour lui) sont supprimés, il arrive à l’idée d’une activité pure. Aristote transporte hors de la réalité ce qui nous apparait comme le reste d’une élimination croissante des caractères sensibles; en un mot, il objective cette activité, posant une intelligence détachée du corps, pouvant se passer d’organes. C’est dans la contemplation que se réalise cette intelligence. Ainsi Platon et Aristote se rejoignent et aboutissent à une intelligence placée hors du monde et le dominant, celle d’un Dieu ni créateur, ni providence.

 

—Alexei