Gandhi/ Les animaux et nous : une question politique

Gandhi/ Les animaux et nous : une question politique


Méditer avec les grands esprits, et penser plus haut, penser avec eux, au-delà du temps et de nos différences, sur ce qui nous est commun.

Tenter de déterminer dans la diversité du vivant notre place, distinguer la nature des liens qui nous y rattachent et comprendre les limites de notre présence au monde.

—On peut juger la grandeur d’une Nation par la façon dont les animaux y sont traités.

Ce jugement de Gandhi est célèbre. Il est surtout aujourd’hui d’une actualité remarquable car jamais les relations entre les hommes et le monde animal n’ont été si problématiques, si paradoxales, si critiques aussi.

D’un côté, nous entretenons avec certains animaux, ceux dit de compagnie, des rapports qui les élèvent parfois jusqu’au rang de quasi semblables à nous, certains iront même jusqu’à dire qu’ils sont comme membres du foyer. Nous avons pour eux des sentiments réels, nous les chérissons, nous les protégeons, nous les aimons pour ainsi dire; leur présence comme leur bien être étant pour nous une source de joie. Nous en faisons des compagnons de vie. Nos sentiments à leur égard répondent toujours à la sensibilité qu’on leur reconnaît, que l’on perçoit en eux. Combien se sont attachés à leur chien parce qu’ils les savaient fidèles ? Le ronronnement d’un chat, qui n’a lieu que dans son rapport à l’homme, n’est-il pas précisément la marque d’une sensibilité évidente ?

Nous dépensons alors sans compter pour nos compagnons à quatre pattes, nous les soignons, nous les protégeons y compris par le code pénal et nous sommes toujours tristes de les voir souffrir, de les voir un jour disparaître. Ils sont présents et ainsi traités dans la majorité des familles de nos sociétés modernes et cela en dit déjà long sur elles.

D’un autre côté, ces mêmes sociétés entretiennent avec d’autres animaux, domestiques eux aussi, des rapport bien moins amicaux. Ce dont il question ce sont tous ces animaux que l’on élève pour leur chair, leurs production de lait, de peau, de protéines car l’homme est aussi un carnivore, un animal qui comme beaucoup en mange d’autres. Mais à la différence de tous les autres carnivores, il organise l’élevage de ses proies. Et c’est là parfois qu’il dérape : il n’est pas question de remettre en cause le régime alimentaire de l’homme, un régime l’accompagnant depuis des millions d’années. Mais plutôt de s’interroger sur l’industrialisation de l’élevage, qui est un phénomène moderne et dérivant de jour en jour.

La cruauté avec la quelle sont traités bon nombre d’animaux d’élevage, de leurs conditions de vies jusqu’à leur supplice à l’abattoir, est nous le savons de mieux en mieux, révélation après révélation, indigne non seulement de la sensibilité que l’on sait les habiter mais aussi et surtout de notre humanité à laquelle nous prétendons pourtant, nous autres modernes civilisés. Tel est le paradoxe de ce monde contemporain : pleurer notre animal de compagnie devenu unique à nos yeux et accepter que l’on broie vivant des poussins mâles par millions. Toujours ce paradoxe entre la sphère privée et la marche industrielle de la société; un paradoxe éclairant sur ceux que nous sommes aujourd’hui devenus.

Mais ce n’est pas là le plus préoccupant. Le rapport qu’entretien l’humanité au reste du règne animal est lui devenu critique. C’est dans la relation de l’homme à l’ensemble des animaux sauvages que le jugement de Gandhi prend aujourd’hui tout son sens. Depuis 30 ans, une seule génération humaine, le nombre d’invertébrés en Europe à chuté de plus de 75%, le nombre d’oiseaux de plus de 30%. Au niveau mondial, ce sont quasiment la moitié des animaux sauvages qui ont disparus de la surface de la Terre. Nous assistons aujourd’hui à une extinction de masse du règne animal. Et cette extinction n’est cette fois-ci pas due à un météore, nous n’y sommes pas étrangers.

L’espèce humaine est la seule responsable de cette extinction massive qui voit disparaitre définitivement chaque année deux autres espèces, sans même parler de ces millions d’animaux sauvages qui chaque jour meurent des conséquences de nos choix de vie.

Pour la première fois dans l’histoire, non pas pas humaine mais de la Terre, une espèce, la nôtre, prend en otage l’ensemble des autres. Par son usage intensif de la chimie agricole, de la déforestation à outrance ou encore par le réchauffement planétaire qu’elle impose, notre espèce, douée pourtant de raison comme aucune autre, met en place une tragédie inimaginable et funeste : celle du vivant au milieu duquel elle vit et dont elle sera inéluctablement l'ultime victime.

Il n’y a pourtant pas de nécessité à ce que l’homme ne soit qu’un parasite sur Terre, il est tellement plus. Il est cet espèce animale faisant, elle, des choix dans son organisation; ce que l’on appelle depuis des millénaires  la politique. Et si 90% des animaux des Amériques Centrale et du Sud ont disparus, alors même que ce sont moins de 30% sur la même période en Europe, c’est bien que la manière dont l’homme s’organise est au coeur du problème.

C’est évidemment, toujours une question politique que le rapport que nous voulons entretenir avec le reste de la Nature, une question d’autant plus pressante qu’en démocratie nous sommes appelés à nous prononcer sur notre avenir et celui de notre environnement. La moitié des espèces animales disparait sous nos yeux et bientôt nous compterons parmi elles, avec nos drapeaux comme linceuls.

Il n’est jamais hier comme aujourd’hui qu’une réalité, implacable; celle exprimé il y a un siècle par Gandhi :

—On peut juger la grandeur d’une Nation par la façon dont les animaux y sont traités.

 

Alexei

 



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