Kant/ À Propos de l'hospitalité

Kant/ À Propos de l'hospitalité


Méditer avec les grands esprits, et penser plus haut, penser avec eux, au-delà du temps et de nos différences, sur ce qui nous est commun.
Être les témoins d’une actualité que d’autres, par le passé, ont réfléchie. Une actualité qui n’est que la répétition d’une même interrogation de l’humanité, de cette humanité toujours confrontée aux mêmes choix, et qui aujourd’hui comme hier doit se prononcer sur ce qui la constitue.
—Hospitalité signifie le droit qu’a chaque étranger de ne pas être traité en ennemi dans le pays où il arrive.
Kant place ainsi la question de l’accueil de l’autre, de celui qui m’est étranger par sa culture, par son origine ou sa nationalité, sur le plan du droit universel, ce droit commun à tous les hommes.
L’hospitalité, n’est pas une question d’ordre privé, elle n’est pas une charité, ni une manifestation d’un sentiment amoureux du genre humain.
Elle est un questionnement public, celui du droit relatif à l’arrivée d’hommes et de femmes étrangers sur un territoire habité.
Il n‘est pas question d’admettre l’étranger dans notre foyer domestique, chez soi, mais bien de recevoir sur un territoire, notre territoire, celui ou celle, dont la vie, la dignité, la liberté sont en danger, de les laisser ou non entrer en société avec nous, chez nous.
Car avant toute distinction entre les peuples, il existe une propriété originaire de toute la terre par chaque homme.
Et cette propriété de la terre, propriété originaire et commune à l’humanité toute entière, fonde le droit pour chacun de faire partie de n’importe quelle société tant qu’il n’y offense personne.
Et ce droit ne peut jamais lui être refusé si ce refus compromet son existence car il est un axiome fondamental du droit lui-même que ce qui vaut pour la théorie vaut également pour la pratique.
Or si en théorie il n’est pas juste de laisser mourir à homme à sa porte, la force du droit est de ne pas le permettre dans la pratique.
Et pourtant, pas un jour sans que nous soyons les témoins de la souffrance des autres. Nul répit dans ce flux ininterrompu d’informations tragiques. Nous sommes devenus, bien malgré nous, les spectateurs impuissants de la violence du monde.
Nous qui avons eu la chance de naître ici, nous ne serons probablement jamais au nombre des victimes anonymes et si lointaines de la barbarie et de la misère.
Mais nous sommes aujourd’hui bel et bien condamnés à voir ces gens être persécutés et mourir sous nos fenêtres. Triste destin pour nous aussi.
Triste destin car jamais dans l’histoire, la relation entre les hommes n’a été si étroite; nous sommes immédiatement informés des évènements du monde, de ses tragédies même les plus lointaines.
Et nous ressentons alors partout les injustices commises en un lieu quelconque.
Nous pourrons toujours détourner le regard, nous considérer comme étrangers à la destinée de ces autres et réduire ainsi l’espèce humaine à nos enfants, à nos amis, nous pourrons même croire que cela n’arrivera jamais «chez nous» pour peu qu’on leur refuse cette proximité…
Douce et confortable consolation que de se retrancher derrière l’impossibilité d’accueillir toute la misère du monde. Et c’est vrai, nous ne le pouvons pas !
Il existe une attitude qui un jour refusa de ne voir en l’Autre qu’un étranger, et qui imposa au monde l’idée de l’universelle dignité de la personne humaine, de ses droits fondamentaux à vivre libre et en sécurité.
Elle est notre héritage le plus précieux car elle affirme notre dignité dans la dignité que l’on reconnait à l’autre.
Peut-être cette affirmation, que la raison nous montre, nous donnera la force de supporter notre humanité partagée.
Et si la dignité de l’humanité consiste dans cette faculté qu’elle a d’établir un droit universel, peut-être nous élèverons-nous alors davantage à partir du moment où l’on ne se contentera pas d’être de simples témoins.
—Hospitalité signifie le droit qu’a chaque étranger de ne pas être traité en ennemi dans le pays où il arrive.

Alexei



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