Héraclite/ Rien n'existe

Héraclite/ Rien n'existe


Héraclite (-544/-480) se pose d’abord cette question : qu’est-ce qui est ? Il rejette toutes les explications d’après lesquelles ce qui existe est substance définie, et d’après lesquelles les êtres sont des transformations de cette substance. Il voit que tout est changement, mouvement éternel; d’où cette conception : rien n’existe, tout devient (la loi du changement étant l’union des contraires ou conciliation des différences). Ce qui n’est pas c’est la permanence, la substance en tant que chose fixe. Or Héraclite est un penseur froissé par l’ignorance de ses contemporains; il a élaboré quelques pensées à travers lesquelles nous apercevons les lignes d’une profonde doctrine. Mais il semble avoir dérobé dans une obscurité volontaire son originalité. Pour rendre son idée sensible, il emprunte plus tard une forme voisine de celle de ses prédécesseurs; pour se mettre à la portée de ce vulgaire qu’il méprise, il se rapproche des physiologistes en prenant le feu comme principe. Mais ce n’est là qu’un symbole, non un principe d’explication; c’est un aspect extérieur de sa doctrine qu’il livre à la foule. Quant à l’autre aspect, à l’aspect intérieur il le réserve pour ses initiés (doctrines exotérique et ésotérique). Le feu est donc vrai pour le changement, mais ce n’est pas la réalité du changement qu’il affirme, c’est sa réalité exclusive. Le seul terme qui permettra de saisir la division de la réalité, c’est le terme du devenir. Il appelle d’ailleurs le feu, le feu artiste. Les sophistes ont tiré de la doctrine d’Héraclite le scepticisme. Si tout change dira Protagoras, aucune de nos affirmations n’est vraie. De même pour Platon, dans l’ordre sensible, rien n’existe; mais ce scepticisme s’arrête chez Platon à la connaissance sensible, car selon lui on peut, dans le domaines des idées, saisir une réalité permanente.

 

—Alexei



 Soutenir